L'or bondit de plus de 5% à 4 604 $, les analystes restent confiants à l'approche de Jackson Hole

Résumé du marché par IA
La hausse hebdomadaire de plus de 5% de l'or au comptant et le franchissement au-dessus de moyennes mobiles clés signalent un fort momentum et des afflux liés au suivi de tendance. Le mouvement est renforcé par un dollar plus faible dans un contexte d'extension des rachats d'obligations du Trésor américain, que certains interprètent comme une répression financière et une hausse des préoccupations liées au risque de crédit du dollar, ainsi que par un risque géopolitique élevé au Moyen-Orient soutenant la demande de valeurs refuges. À court terme, l'attention se déplace vers Jackson Hole et le PCE de base pour la crédibilité de la politique et l'orientation du dollar américain.
Niveau d'impact
● Élevé
Actifs concernés
NCCOGOLD2USD/USDT+0.83%
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▲ Haussier
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Selon Bloomberg Markets, l'or au comptant a gagné plus de 5% la semaine dernière pour atteindre 4 604 $, un plus haut de trois mois. Le métal a franchi une résistance technique majeure en repassant au-dessus de sa moyenne mobile à 200 jours, un signal considéré comme nettement haussier. Dans le même temps, le dollar s'est affaibli après l'annonce d'une extension du programme de rachats de Treasuries par le Trésor américain, ce qui a ravivé les doutes sur la crédibilité de la devise. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont aussi renforcé la demande d'actifs refuges. De plus en plus d'analystes estiment que l'or ne se limite plus à une couverture contre l'inflation, mais devient un outil de protection face au risque de crédit lié au dollar. D'après CoinMarketCap APP, la hausse a été fulgurante sur cinq séances : l'or spot a franchi successivement les seuils de 4 400 $, 4 500 $ et 4 600 $, pour terminer à 4 604,53 $ l'once, avec un pic en séance à 4 632,10 $, son plus haut niveau depuis le 15 mai. Les contrats à terme sur l'or aux États-Unis ont progressé de 2,4% à 4 680,60 $. Il s'agit de la troisième semaine consécutive de hausse. Lundi 24 août, en début de séance asiatique, l'or spot évoluait à des niveaux élevés, autour de 4 617,50 $ l'once. 1) Déclencheur technique : rupture au-dessus des moyennes mobiles Le mouvement a été amplifié par un signal technique marquant. Mercredi dernier, l'or a bondi de 4,35% en une séance, sa plus forte progression journalière depuis début février. Cette poussée l'a propulsé au-dessus de la moyenne mobile à 100 jours, située vers 4 380, puis brièvement au-dessus de la moyenne à 200 jours, autour de 4 515. Pour les intervenants techniques, la moyenne à 200 jours sert de repère majeur de tendance de long terme ; un franchissement valide peut attirer des flux d'algorithmes et de stratégies suiveuses de tendance. Bart Melek, responsable mondial de la stratégie matières premières chez TD Securities, estime que les facteurs techniques expliquent une grande part de la hausse et fixe un objectif à 4 700 $ si l'élan se prolonge. Goldman Sachs souligne de son côté une envolée de la demande d'options d'achat (calls) sur l'or, alimentant un effet d'amplification mécanique des mouvements. 2) Le dollar sous pression : le programme de rachats du Trésor inquiète Le moteur de fond est attribué à une décision du secrétaire au Trésor américain, Bessent. Mercredi, le Trésor a annoncé qu'il allait au minimum doubler la taille des opérations de rachat sur les obligations à long terme (maturités 10 à 30 ans), de 2 milliards à au moins 4 milliards de dollars par opération. L'objectif : freiner la hausse persistante des rendements longs, le taux à 30 ans ayant touché un plus haut depuis 2007. La réaction du marché a été contrastée : après un repli initial, les rendements longs sont repartis à la hausse, tandis que l'indice du dollar a chuté jusqu'à un plus bas depuis mi-mai, pour clore vers 98,84. Le billet vert s'est aussi affaibli face à l'euro, à un plus bas de trois mois. Marc Chandler, stratège en chef chez Bannockburn Global Forex, juge que l'effort pour contenir les rendements a eu peu d'impact sur les taux mais a pesé sur le dollar, signe d'une résistance du marché. Citi a rapidement abaissé sa prévision à trois mois pour l'indice du dollar, de 102,12 à 98,34. Pour Saxo Bank, Ole Hansen estime que tenter de faire baisser les coûts d'emprunt sans s'attaquer aux déséquilibres budgétaires renforce les craintes de "répression financière" et de dépréciation de la monnaie. Il souligne que la hausse de l'or malgré des taux longs historiquement élevés montre un glissement du raisonnement des investisseurs, davantage focalisés sur la soutenabilité de la dette. Jeudi, Bessent a laissé entendre que le programme pourrait encore être élargi. Rich Checkan (Asset Strategies International) y voit un schéma consistant à racheter de l'ancienne dette avec de la nouvelle à un rythme au moins deux fois plus rapide, ce qu'il qualifie d'inflationniste via une hausse plus rapide de la masse monétaire. L'annonce intervient alors que la dette des États-Unis vient de dépasser 40 000 milliards de dollars. Kevin Grady (Phoenix Futures and Options) estime qu'une telle intervention est perçue comme le symptôme d'un problème systémique. 3) Géopolitique et énergie : regain de prime de risque La hausse de l'or est aussi portée par la tension persistante au Moyen-Orient, notamment autour du détroit d'Ormuz. Une commission parlementaire iranienne a approuvé un projet permettant à l'Iran de facturer des frais aux navires autorisés à transiter, couvrant divers services (maritimes, environnementaux, carburant, assurance, sécurité). Le trafic commercial dans ce corridor énergétique vital se serait nettement contracté : avant le conflit, plus de 130 navires de fret le traversaient chaque jour, contre seulement une poignée aujourd'hui. Le secrétaire au Trésor américain a annoncé une nouvelle salve de sanctions "les plus dures jamais imposées" contre l'Iran. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Alirzaei, a répliqué que cette démarche traduisait le "désespoir" et qu'elle était "vouée à l'échec". Le chef d'état-major de l'armée pakistanaise s'est rendu à Téhéran pour tenter une médiation, tandis que Trump suit la situation. Ce statu quo alimente la hausse des prix de l'énergie : le Brent se rapproche de 94 $ le baril. La remontée du pétrole renforce les pressions inflationnistes et réactive l'attrait de l'or comme couverture. La hausse conjointe du pétrole et de l'or est interprétée comme une combinaison de prime géopolitique et d'anticipations de dépréciation monétaire. 4) Sentiment de marché : consensus haussier sur l'or Après le franchissement des 4 600 $, le sentiment s'est nettement durci en faveur d'une poursuite de la hausse. Le dernier sondage Kitco News indique que, sur 11 analystes de Wall Street interrogés, 8 (73%) tablent sur une progression supplémentaire, les 3 autres prévoyant une consolidation ; aucun n'anticipe de baisse. Côté investisseurs particuliers, 164 votants sur 211 (78%) attendent aussi une hausse. Kevin Grady reconnaît qu'il n'était pas haussier cet été, mais observe une remontée de l'open interest et l'arrivée de nouvelles positions longues. Adrian Day (Adrian Day Asset Management) estime que l'impact de court terme des rachats de dette à long terme s'estompera, mais que les fragilités mises en lumière par cette approche de type "Operation Twist" perdureront ; selon lui, chercher à soutenir le marché obligataire au détriment du dollar est favorable à l'or. 5) Les prochains rendez-vous : Jackson Hole, PCE, PIB et résultats de NVIDIA L'or se maintient au-dessus de 4 600 $, mais la semaine s'annonce chargée. Le président de la Fed, Powell, doit s'exprimer au symposium de Jackson Hole, sa première apparition publique depuis sa prise de fonctions en mai. TD Securities estime que les risques sur le dollar restent orientés à la baisse : un message plus ferme sur la crédibilité de la lutte contre l'inflation ne soutiendrait que modérément le billet vert, tandis qu'une absence de clarification pourrait peser davantage. Les contrats à terme sur les fed funds intègrent une probabilité de 40% d'une hausse de taux en septembre, montant à 73% d'ici décembre. Les propos de Powell pourraient donc influer sur la trajectoire de court terme de l'or. Mercredi 26 août concentrera plusieurs statistiques américaines (publication à 8h30, heure de l'Est) : l'indice des prix PCE core, la deuxième estimation du PIB du deuxième trimestre et les commandes de biens durables. Le même jour, NVIDIA publiera ses résultats du deuxième trimestre ; en tant que baromètre du thème IA, ils pourraient peser sur l'appétit pour le risque. Un essoufflement des valeurs liées à l'IA pourrait alimenter un report vers les actifs refuges, dont l'or. Conclusion : la thèse de l'or se transforme La hausse de l'or depuis moins de 4 100 $ jusqu'au-dessus de 4 600 $ dépasse le simple signal technique. L'affaiblissement de la crédibilité du dollar, les interrogations sur la soutenabilité budgétaire américaine, la remontée des risques géopolitiques et les achats d'or des banques centrales convergent vers une idée : l'or prend une dimension d'actif stratégique de couverture contre le risque de crédit du dollar. Saxo Bank souligne que l'or peut progresser même lorsque les rendements nominaux montent, signe que les préoccupations liées aux déficits et à la dette deviennent des moteurs majeurs de la demande d'actifs réels. UBS va plus loin et anticipe un or à 5 400 $ sur 12 mois. Des signaux de surachat à court terme sont déjà visibles, et une correction technique reste possible après une telle acceleration. Plusieurs analystes estiment qu'un repli vers 4 400 $, s'il tient en tant que support, resterait compatible avec un scénario favorable. À 07h36 (heure de Pékin), l'or au comptant s'échange à 4 618,24 $ l'once.