États-Unis : les dispositions déontologiques du "Crypto Clarity Act" restent en suspens, la sénatrice Lummis évoque de nouveaux débats
Le texte final d’un projet de loi américain majeur sur les cryptomonnaies est prêt, mais la bataille législative est loin d’être terminée. La sénatrice Cynthia Lummis, l’une des principales architectes du "Clarity Act", a indiqué à CoinDesk se réjouir de la disponibilité de la version actualisée pour publication, tout en soulignant que des points de déontologie et d’autres dispositions devront encore être tranchés. Cette mise en garde illustre les fractures persistantes à Washington sur l’encadrement des actifs numériques, malgré des mois de négociations.
Dans les coulisses, des lobbyistes du secteur bancaire cherchent à édulcorer le texte, voire à le faire échouer, et le blocage sur la déontologie leur offre un nouvel angle d’attaque. Le "Clarity Act" vise à clarifier quels jetons relèvent du régime des valeurs mobilières et lesquels des matières premières, à définir des voies d’enregistrement pour les plateformes d’échange et à renforcer la protection des consommateurs. Sans cadre juridique stable autour de l’activité de lobbying crypto elle-même, ces objectifs restent fragiles.
Un parcours heurté vers un cadre fédéral
Le projet de loi avance par à-coups depuis plus de trois ans. À chaque rapprochement d’un compromis, une nouvelle exigence surgit. Les dispositions déontologiques, souvent peu commentées sur les marchés, se sont imposées comme un véritable point de friction. Lummis n’a pas précisé quelles clauses restent ouvertes, mais des collaborateurs du Congrès évoquent des obligations de déclaration pour les responsables publics détenant des actifs numériques, ainsi que des règles concernant la détention de jetons par les parlementaires siégeant dans les commissions chargées de superviser le secteur.
L’enjeu est concret : ces règles conditionnent la manière dont l’industrie peut interagir avec les décideurs. Des interdictions strictes de transaction ou une publication obligatoire des expositions crypto pourraient remodeler rapidement le paysage du lobbying. Pour les plateformes et équipes de protocoles qui ont renforcé leur présence à Washington, l’incertitude complique les recrutements et la planification de conformité.
Déontologie : le dossier qui peut faire dérailler le calendrier
Le fait que Lummis se dise "satisfaite" que le texte soit prêt à être publié peut sembler encourageant, mais au Capitole, ce type de formulation signale souvent que le texte existe sans que les voix soient verrouillées. Le débat éthique risque d’être instrumentalisé par les opposants, qui soutiennent que le projet de loi favoriserait une industrie insuffisamment régulée. À l’inverse, des groupes de défense issus de l’écosystème crypto estiment qu’un standard déontologique élevé pourrait renforcer la légitimité du secteur et atténuer la perception d’un refuge pour les délits d’initiés.
Reste à savoir où se jouera l’arbitrage évoqué par Lummis : en commission, via des amendements en séance, ou lors de négociations à huis clos entre dirigeants. Chaque option comporte des risques différents pour l’agenda. Un retard en commission pourrait repousser le vote au Sénat à une période dominée par la politique des élections de mi-mandat, rendant un accord bipartisan plus difficile.
Ce que les marchés ont à perdre
La clarté réglementaire aux États-Unis demeure le principal frein à un engagement plus massif du capital institutionnel dans les actifs numériques. Alors que la tokenisation d’actifs du monde réel dépasse les 20 milliards de dollars, les équipes de conformité doivent toujours composer avec un environnement où les États-Unis n’ont pas de régulateur principal pour les marchés "spot" des cryptomonnaies. Un texte bloqué sur la déontologie pourrait retarder l’ensemble du cadre, laissant la CFTC et la SEC poursuivre une logique de "juridiction par l’application".
Cette dynamique a déjà déplacé une partie des volumes de trading et des talents de développement vers des juridictions offrant des règles plus lisibles. L’innovation on-chain ne s’arrête pas pour autant : l’activité des développeurs progresse sur les réseaux de couche 1, avec Ethereum et Solana en tête. Pour la compétitivité américaine, le scénario le plus favorable reste l’adoption d’un texte offrant une voie cohérente d’enregistrement et de conformité.
La querelle sur la déontologie peut paraître périphérique, elle renvoie à une question plus profonde : la crypto sera-t-elle traitée comme une classe d’actifs ordinaire ou restera-t-elle une exception réglementaire ? Tant que ce point n’est pas tranché, plateformes et investisseurs continueront d’intégrer le risque d’un marché américain fragmenté. Pour l’instant, le secteur scrute le choix des mots de la sénatrice. En mettant l’accent sur le travail déontologique inachevé plutôt que sur la publication du texte, Lummis semble préparer les esprits à une nouvelle séquence de négociations potentiellement tendue. Les marchés guetteront le prochain calendrier des commissions pour voir si le "Clarity Act" peut enfin passer du brouillon au vote, ou si la question éthique devient l’ultime point de rupture d’un compromis déjà fragile.